Nous sommes à quelques jours de la sortie de ton nouvel album "L'Espoir". Comment te sens-tu ?
J'ai un trac très positif comme juste avant de monter sur scène. Je suis tellement fier de mon disque que j'ai hâte de voir les premières réactions. C'est comme si je portais un cadeau sous le sapin de Noël, c'est le matin et j'attends avec le sourire que les enfants déballent le paquet.
On sait à quel point le choix du titre d'un album est important. Pourquoi as-tu choisi de nommer ton troisième disque "L'Espoir" ?
C'est le titre qui a jailli en 2006. J'ai participé à un chaos social Place de la République à Paris avec Lavilliers, Louise Attaque, Dionysos et pleins d'autres. Entre chaque artiste, des acteurs sociaux venaient parler des problèmes sociaux, des problèmes des hôpitaux et des intermittents du spectacle. C'était une après midi très partisane et solidaire, pleine d'espoir en quelque sorte. Quand je suis sorti de là, j'ai écrit une chanson, "l'Espoir", je me suis dit que mon prochain disque s'appellerait comme ça. Depuis, plus rien n'est venu bousculer ce titre là.
Tu as d'ailleurs choisi de placer ce morceau en ouverture de ton album. Un choix que tu ne fais jamais au hasard. Peux-tu nous en expliquer les raisons ?
Déjà, c'est un hommage évident à Léo Ferré qui a écrit "L'Espoir" en 1974. Cette chanson, "L'Espoir", est le reflet de tout le disque. Si je devais n'en garder qu'une, ce serait celle-ci. Aujourd'hui, nous sommes tous résignés. Les gens de ma génération, ont vécu des choses terribles, des traumatismes, des maux, des choses difficiles à vivre. Pour moi, la solution, est dans la jeunesse qui va dans la rue, qui sort des lycées, des facs, qui lève le poing et qui hurle "on ne veut pas de l'avenir que vous nous promettez". Pour moi, le disque c'est ça. C'est eux l'espoir.
On annonce déjà cet album comme plus ambitieux et coloré que les précédents aussi bien dans les textes que les mélodies. Est-ce une volonté de ta part de trancher avec tes précédents albums ?
Je ne l'ai pas trop intellectualisé. C'est juste que j'aime vraiment être à fleur de peau avec ma vie du moment. J'ai vécu des traumatismes amoureux sur mon premier disque. J'ai eu besoin de me défendre et d'écrire L'Amour parfait. J'ai fait par la suite "Menteur" où je me relève un petit peu, toujours grogui. Cela tournait toujours autour de moi-même. Pour ce disque là, je suis sorti dans la rue, j'ai gueulé avec les autres et je me suis senti avec eux, spectateur de ce monde complètement dingue ces dernières années.
J'ai eu besoin d'en parler, de crier tout ça. Musicalement, c'est la même histoire, tout s'est fait dans l'urgence, avec des réalisateurs qui aiment travailler de manière organique et instinctive : Mathias Malzieu des Dionysos, Scott Colburn, qui a produit Arcade Fire et Animal Collectiv. Pour faire ça, il faut aussi jouer avec de très grands musiciens. J'ai eu la chance de le faire avec Geoffrey Burton le guitariste d'Arnaud ou Richard Kolinka.J'aime être à fleur de peau avec ma vie du moment.
L'ambiance musicale est d'ailleurs plus hispanisante que pour tes précédentes livraisons...
J'ai enregistré la moitié du disque chez moi, en studio. J'ai eu la chance par la suite de rencontrer un guitariste, Pedro Soler, qui est un très haut chez nous et qui fait le tour du monde avec sa guitare flamenco. Grâce à lui, j'ai pu rencontrer des danseurs et chanteuses de Flamenco. C'est la première chanson qui me ramène chez moi. Dans ma discothèque, j'ai beaucoup de disques anglo-saxons. Paradoxalement, j'ai vécu très longtemps dans le quartier gitan de Perpignan avec tous ces virtuoses qui jouaient sous les fenêtres. Je suis évidement imprégné de tout ça. Le coté Espagne est très fort parce que je rends hommage à mes grands parents. Mon grand père s'est battu dans la brigade internationale en Espagne. Le peuple espagnol a été décapité, broyé, tué, s'est battu jusqu'au bout et a planté des graines de révoltes, d'espoir et de combats un peu partout dans le monde. Les grands poètes et les grands meneurs viennent de cette Espagne là. C'est vraiment un hommage à toute cette histoire.
Musicalement on ressent également quelques changements. Le violon, souvent présent dans tes précédents titres, a laissé place à des cuivres. Quelles sont les raisons de ce choix ?
Ce sont des raisons de vie. Sur mon premier disque, les violons altos étaient comme une seconde voix, souvent plaintive et mélancolique. Cela reflétait mon humeur, le tragique de la situation d'un couple qui se sépare. Cette fois-ci, il y a les rencontres de Blaise Margail et Nicolas Puisais, deux grands cuivres qui jouent à l'Opéra de Paris et qui font aussi du Rock'n'roll. Ils m'ont emmené vers cet univers qui m'a toujours attiré, à la fois de fanfare, de célébration ou de communion, où les cuivres sont de vraies rivières qui dévalent et qui emportent tout. C'est ce qu'il me fallait sur ce disque là.
Tu étais déjà assez engagé dans tes précédents albums, avec "L'Espoir", on a l'impression de retrouver un Cali plus affirmé, presque plus sûr de lui. Est-ce une réalité ?
Sûr de moi, je ne pense pas. Le jour où ce sera le cas, cela voudra dire que je suis un vieux con et il vaudra mieux que j'arrête tout. Affirmé, peut être. J'ai eu la chance de côtoyer des gens comme Lavilliers, Thiéfaine, Higelin, qui m'ont beaucoup appris et qui m'ont raconté combien ils avaient appris de Léo Ferré. Ces gens là ont une poésie pure et très haute. Le fait d'avoir pu approcher ces monstres sacrés m'a quelque part adoubé et émancipé. Je n'ai pas eu peur d'écrire.
Au niveau des collaborations, on retrouve Mathias Malzieu du groupe Dionysos. Quand on connait un peu ton parcours et tes affinités musicales, cette collaboration paraissait s'imposer...
Oui effectivement, on fait et on va faire plein de choses. Aujourd'hui, dès qu'on peut jouer ensemble quand on est sur la route, on fait des choses ensemble, non préméditées, très fraiches. C'est jouissif de jouer ensemble, quoi qu'il arrive. On s'adore et je suis très fan de leur travail musical et du travail qu'il fait autour de ses romans. La Mécanique du coeur, m'a bouleversé et m'a, encore une fois, aidé à vivre. Il est venu dès que je lui ai dit que j'avais besoin de lui. Il a transformé mon studio en véritable cour de récréation.
Deux duos figurent sur ton disque. On retrouve notamment Olivia Ruiz sur le morceau "Je ne te reconnais plus", et Mike Scott sur le titre "Pas la guerre". Peux-tu nous parler de ces rencontres ?
Olivia et moi venons de la même histoire, de la même famille. Tout comme moi, elle vient du bal de village et du Sud. Cela nous a créés, sculptés, ça nous aide à assurer les scènes aujourd'hui. C'est la vraie école. Olivia est arrivée en studio pour embrasser son chéri, Mathias. Nous étions en train de travailler sur la chanson "Je ne te reconnais plus". Je lui ai proposer de poser une voix. Elle a accepté sans préméditation. En dix minutes, j'ai eu la chance d'avoir Olivia sur mon disque. Pour Mike Scott, c'est un grand rêve de môme. Je suis fan des Waterboys depuis 84. J'ai eu la chance de chanter avec eux sur scène. "Pas la guerre" est une chanson qui m'a été inspirée par leur morceau "Red Army blues". Je me devais d'appeler Mike qui a donc posé sa poésie là-dessus. J'en suis très fier.
"Le Droit des pères" fait suite au morceau "Le Vrai père" de ton album "Menteur". Deux morceaux sur le droit de garde des pères. Rappelons que tu milites pour l'association 'Les Papas = Les Mamans'. Etait-ce une façon de nous faire comprendre que tu continues le combat ?
C'est exactement ça. J'offre d'ailleurs cette chanson à l'association. Je suis toujours derrière eux parce j'ai un grand respect pour ces gens qui travaillent au quotidien pour cette association. Ils nous expliquent qu'en cas de séparation, l'enfant ne doit pas être volé par l'un ou l'autre des parents. S'il n'a pas cet équilibre là, son éducation et sa vie sont complètements foutus. Il y a un site : LPLM.info. Son président, Gérard Révérend a écrit une lettre à Rachida Dati pour tirer les signaux d'alarme et proposer des projets qui pourraient être de vrais projets de lois et qui pourraient faire avancer les choses. Cette chanson est très violente, mais c'est une chanson d'espoir. Elle reflète mon état d'esprit lorsque je suis sorti d'un tribunal à Perpignan et qu'un juge m'a donné la garde de mon enfant juste quelques poignées de jours par mois. Je voulais tuer tout le monde. Au bout de quelques années, mon ex compagne et moi avons fait le deuil de notre amour. Depuis, notre enfant n'est plus une monnaie d'échange et tout se passe bien. Il est heureux comme cela. Ce titre est là pour donner de l'espoir à des gens qui vivent actuellement cette situation tragique.
On va pouvoir te retrouver bientôt en concert. Comment imagines-tu ce nouveau disque sur scène ?
En écrivant les chansons, j'avais le sourire aux lèvres. Pour "1000 coeurs debout" par exemple, j'ai hâte de voir le bordel qui va se passer. Je suis en train de répéter les chansons avec ceux qui vont m'accompagner sur la route : Richard Kolinka, Daniel Roux, Robert Johnson et franchement, ça va être flamboyant. J'ai hâte d'être au 11 mars, début de la tournée.
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Sandrine Albanesi, le 04/02/2008 pour MusicActu
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