Pourquoi avoir confié à Zazie l'écriture des textes de ton dernier album ?
J'avais envie qu'il n'y ait qu'un auteur, que ce soit un album en binôme. J'avais déjà fait deux ou trois chansons avec Zazie, et j'ai toujours trouvé que ses mots et ma musique collaient très bien ensemble. Ils ne font qu'un. C'était important pour moi de pousser les choses un peu plus loin. Comme elle n'a jamais fait un album entier pour quelqu'un, je voulais qu'elle le tente. Elle m'a dit que cela allait être très dur. Nous avons tout de même essayé sur quatre ou cinq chansons. Au bout de ces morceaux, nous savions que nous allions aller jusqu'au bout, parce que cela donnait quelque chose de singulier. Cela ne changeait rien pour moi, car je fais toujours mes musiques, mais c'était important pour moi de resserrer un peu, de faire un album encore plus personnel, avec une seule personne.
Confier l'intégralité des textes de son disque à une seule et même personne, c'est une grosse responsabilité, presque un challenge. Aurais-tu été capable de confier cette mission à un autre auteur ?
Oui, bien sûr. J'avais fait des chansons auparavant avec Patrick Guiaro sur "Prendre racine" ou Alana Filippi sur "En apesanteur" et "Face à la mer". Cela aurait pu être l'un des deux. Ca a été Zazie, car il y avait justement cette singularité. C'est ce qui me plaisait. C'est le mélange de ses mots sur ma musique qui fait ça. C'est vraiment étrange.
Tu ne lui as soufflé que deux thèmes. Le premier c'est celui que tu abordes dans le premier extrait de ton disque, "Pomme C". Quel message as-tu voulu faire passer dans ce titre ?
Nous voulions développer ce thème sur plusieurs chansons. Nous voulions parler du thème des rencontres sur Internet, qui sont à la fois très réjouissantes et en même temps inquiétantes. C'est un peu tout et n'importe quoi, c'est l'anarchie. C'est intéressant, mais de temps en temps, cela peut être un peu flippant. La chanson dit que l'amour ne peut pas rester uniquement virtuel. Le net peut être un moyen de rencontre, mais pas une finalité.
Justement, quel rapport entretiens-tu avec Internet ?
J'y vais souvent. Je trouve cela très pratique pour commander mes courses, chercher des renseignements sur un personnage historique, etc... Je trouve cela vraiment génial, mais sous certains aspects, comme la musique par exemple, je trouve cela plutôt inquiétant. C'est génial de pouvoir télécharger de la musique légalement, en payant. Je le fais tous les soirs quand je recherche des titres de certains artistes. Maintenant, en ce qui concerne la musique gratuite sur Internet, c'est un grand débat qui est inquiétant pour les futurs artistes. Quand j'étais môme, j'ai volé des disques. Je ne voudrais pas taper sur les mômes, car je pense que s'il y a trop de hors la loi, c'est que la loi est mal faite. Je trouve déplorable que ce soit le flou total et que l'on nous mène en bateau. Je suis sûr que le jour où certaines personnes auront décidé que c'est terminé, il n'y aura plus de musique gratuite sur Internet. Je suis sûr qu'il y a des gens à qui ça profite. J'ai toujours eu le courage en tant qu'artiste de dire qu'Internet est génial, mais qu'il faut dire stop à la musique gratuite, et je le dirai toujours. De plus, cela ne me concerne pas, car j'ai la chance que cela se passe plutôt bien pour moi, mais je pense surtout aux nouveaux.
Tu t'es également glissé dans la peau d'une femme sur le titre "Me dit-elle". Quel bilan dresses-tu de cette expérience ?
C'est très culpabilisant. Ca a mis un coup à mon côté un peu macho. Je m'attendais un peu à ce genre de sensation. Je trouvais cela intéressant de jouer sur une sorte d'ambiguïté, le mec qui fait le malin sur les choses légères, mais qui n'est pas forcément au rendez-vous sur les véritables responsabilités.
Un son plus brut, plus recherché, c'est comme cela que l'on peut qualifier la musique de "Pomme C". Etait-ce ce qui te correspondait le mieux au moment où tu as composé tes titres ?
Oui, et puis c'était aussi une manière de tourner une page, d'avancer, de me surprendre de ne pas toujours faire la même chose. J'ai tout de suite voulu me mettre un peu en danger. J'ai surtout eu envie de creuser ce style que j'amène, qui mélange un peu le côté british au niveau de la musique, et cette tradition de la chanson française au niveau de la façon de chanter. Je crois que l'on sent que j'ai toujours écouté la musique de Cure ou de Barbara. Cela s'entend dans ma musique. Quand j'ai commencé, on m'a dit que je n'y arriverais jamais car je n'étais pas assez rock ou pas assez variété, ce qui est exactement ma place, en fait. J'ai encore plus accentué ce coté là dans ce disque.
Tu es parti en Toscane pour enregistrer ton disque. Avais-tu besoin d'un retour aux sources pour puiser au fond de toi ce nouveau son ?
Je l'ai enregistré dans un manoir Toscan, en plein air. Cela n'avait rien à voir avec l'Italie. Cela aurait pu se faire en Espagne, je voulais juste du soleil. Je pense que c'était vraiment le moment de le faire. De toute façon, vu la crise du disque français, je pense que c'était le dernier disque français où l'on pouvait se permettre ce genre de luxe. En général, les productions se font plutôt à la maison, parce que la musique prend un sacré coup dans la gueule.
Je sortais d'un énorme succès où j'étais l'un des rares à vendre encore 1 million et demi d'albums deux fois de suite. Je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Je me suis donc payé le luxe de partir avec mes musiciens de scène en Italie. Il faudra demander à mon producteur, car je ne suis pas trop au courant de l'argent, mais je pense que mon album n'a pas coûté plus cher que celui d'avant. Je suis très content de l'avoir fait, car c'est certainement ma plus belle expérience musicale. Ce qui m'intéresse, c'est de faire des choses là où l'on ne m'attend pas. Personne ne s'attendait à un tel son. C'est certainement ma plus belle expérience musicale
Penses-tu que cet album ressemble plus à tes exigences ?
Il est un peu plus sobre. Je pense qu'il ressemble plus à mes influences. Il est un peu plus audacieux, mais toujours populaire, parce que c'est comme ça que j'aime la musique. J'aime la musique qui passe à la radio. Je ne suis pas un chanteur 'indé', même si j'aime cela et que j'en écoute de temps en temps. Je ne veux pas me tromper.
Tu seras en tournée cet hiver. On te retrouvera notamment à Bercy le 22 décembre prochain. Comment t'y prépares-tu ?
Je m'y prépare avec mes musiciens. Je commence à répéter. Jusque là, nous avons fait des salles comme la Cigale, des Olympia puis des Zénith. Les gens sont toujours ressortis contents de la performance musicale. Je ne voudrais pas que cela devienne une espèce de show où il se passerait tellement de choses autour qu'on en oublierait la performance musicale. Je veux dire par là que je ne vais pas arriver par hélicoptère.
Comment comptes-tu amener ce nouveau son sur scène ?
Je voudrais qu'on le retrouve. Je crois qu'il faut qu'on joue de manière très simple et très sobre. Mais, que les gens se rassurent, sur mes anciens titres, le public retrouvera les mêmes mélodies et les mêmes appels de guitare. Moi-même, quand je vais voir U2 par exemple, j'aime les entendre chanter "New year's day" comme je l'ai entendu quand j'étais en boite de nuit.
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Sandrine Albanesi, le 25/06/2007 pour MusicActu
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