Vous avez enregistré votre nouvel album en à peine trois mois. Etait-ce pour garder l'énergie première de votre travail ?
C'est peut-être en réaction au précédent album, "Revoir un printemps", pour lequel l'enregistrement s'était étalé sur deux ans. Nous avons voulu revenir à quelque chose de plus viscéral, de plus spontané. Nous avons voulu travailler dans l'urgence. Nous nous sommes donnés un temps beaucoup plus court. Ca s'est concentré sur trois mois. Cela donne un album beaucoup plus énergique et direct. On pourrait dire qu'il est également plus accessible, parce que nous sommes revenus à des fondamentaux sur la partie musicale. Les rappeurs se sont appliqués à écrire des textes peut-être plus efficaces, et surtout moins complexes. L'album précédent était tellement chargé, fouillé, orchestré et complexe au niveau des paroles et des musiques, qu'il est très difficile d'accès. C'est un album qui n'a pas été bien compris ou bien entendu par une partie de notre public. Nous sommes donc revenus avec notre devise "C'est compliqué de faire simple, mais on va essayer quand même".
Qu'est-ce que cet état d'urgence a apporté de plus en comparaison avec vos précédentes livraisons ?
Je pense que l'on a plus fonctionné à l'instinct, à la spontanéité, sans trop se poser de questions. Nous avons cette habitude de travailler à l'intuition, de ne pas avancer avec des concepts pré établis. Je pense que c'est ce que nous avons particulièrement fait sur cet album, pour retrouver l'énergie créatrice. La première impulsion est donnée par l'instru, et la spontanéité est dans l'écriture. L'inspiration doit venir rapidement.
Votre nouveau disque s'intitule "Saison 5", comme c'est habituellement le cas pour une série télé. Etait-ce une nouvelle série d'épisodes que vous vouliez nous offrir ?
Effectivement. C'est un petit clin d'oeil aux séries télé. Ces deux dernières années, nous avons été pas mal influencés par les séries. Dans notre imaginaire, elles ont un peu pris la place du cinéma et des films. Nous avons tous nos séries fétiches, que ce soit Les Sopranos, Oz, Desperate Housewives etc... Nous sommes très branchés séries en ce moment. C'était aussi un petit clin d'oeil. Après l'album "Revoir un printemps", nous n'allions tout de même pas sortir le disque 'Revoir un été', donc nous sommes restés dans les saisons et nous avons choisi la 5ème saison, qui en ces temps de réchauffement climatique, pourrait très bien s'avérer probable (rires).
Si tu devais résumer l'ambiance de l'enregistrement de l'album, que dirais-tu ?
Je dirais convivial, festif et productif. Nous avons choisi de nous exiler au Maroc pendant un gros mois. Nous avons loué une maison et embarqué un studio mobile. Pendant un mois nous étions en contact 24h/24. Nous avons pu être extrêmement réactifs dans le travail. Cela avait tout de même un petit côté colonies de vacances, voire caserne. Paradoxalement, plus on rigole, plus on bosse. Nous avons la chance de faire un métier qui nous passionne. Même si nous sommes sérieux dans le boulot, ça déconne grave.
Le premier extrait c'est "Une autre brique dans le mur". Vous aviez envie d'enfoncer le clou dès votre retour ?
Exactement. Nous voulions remettre les pendules à l'heure et dire qu'on nous a peut-être enterrés un peu vite. C'est vrai qu'on nous appelle parfois les 'papys' ou les 'grands frères' du hip hop.
Nous voulions juste rappeler aux anciens, comme aux nouveaux arrivants sur la scène musicale française, qu'il s'agit avant tout de rythme, de rimes et de style. C'est un morceau qui remet les compteurs à zéro et qui dit que nous sommes toujours là et que nous sommes conçus pour durer. Nous sommes conçus pour durer.
Sur "Hip hop ville" vous parlez sur les origines du rap. Dans "Nos heures de gloire" vous revenez sur votre parcours. Une petite pointe de nostalgie vous aurait-elle touchée pendant l'écriture de votre disque ?
Toujours. La nostalgie a toujours été l'un des piliers de notre travail, avec des samples un peu mélancoliques. Ce n'est pas forcément une nostalgie larmoyante et triste. Un morceau comme "Le Mia" était aussi un morceau nostalgique, puisqu'il décrivait une période des années 80. Comme quoi on peut aborder la nostalgie sous un aspect festif et réjouissant. Mais, c'est vrai que nous tenons particulièrement à ces morceaux qui nous rappellent certains souvenirs, certaines époques. Ils sont souvent très imagés et remuant au niveau émotions.
Sur le morceau "Ca vient de la rue", vous clamez haut et fort que de nombreuses choses mises en place aujourd'hui dans notre société ont été engendrées par des idées venant de la rue. Etait-ce pour remettre les pendules à l'heure ?
C'était important pour nous de faire ressortir le côté positif de la rue. On nous rebat trop souvent les oreilles en ce moment, que ce soit dans la politique ou dans les médias sur les côtés négatifs de la rue, que sont la violence, la rébellion, la misère etc... Mais il ne faut pas oublier que s'il y a de la misère, qu'elle soit économique ou sociale dans les quartiers aujourd'hui, ce n'est pas de la faute des rappeurs. Nous avons justement voulu faire ressortir tout ce qui sort de la rue et qui est positif à tous les niveaux, et notamment au niveau de la créativité. On prend l'exemple de la musique, mais il ne faut pas oublier qu'il y a quand même beaucoup de musiques populaires qui ont influencées par la suite des musiques savantes ou élitistes. Nous souhaitions aussi replacer cela dans un contexte social et historique en disant que si l'on regarde bien, ce n'est pas l'élite ou les gens qui sont au pouvoir, qui impulsent les vrais changement de société. La vraie évolution d'une société est originaire de la rue, du peuple.
Une seule collaboration est à noter sur Saison 5, celle avec Jehro sur le morceau "To the world". Pourquoi celle là en particulier ?
C'est le fruit du hasard. Nous avions projeté d'autres collaborations, mais elles n'ont pas pu se concrétiser, soit parce que nous n'avions pas le temps, soit parce que nous n'avions pas le titre ou bien parce que les gens n'étaient pas disponibles. Nous avons, une nouvelle fois, fonctionné à l'instinct. Nous avons rencontré Jehro à la période où nous étions en train de finir notre album. Il s'est trouvé que son timbre de voix se prêtait magnifiquement au titre que nous avons fait avec lui. Nous sommes enchantés de cette collaboration, car il a donné une couleur mélodique et harmonique au morceau, ce qui l'a rendu beaucoup plus fort. Nous ne sommes pas partis au départ en nous disant que nous allions faire un album avec ou sans featuring. Ce genre de choix artistique est dicté par la forme que va prendre le morceau au final. Si cela nécessite une invitation et la prestation de quelqu'un, ce sera fait. Par contre, nous ne nous sentons pas obligés de faire des featurings à tout prix. Nous le faisons uniquement si le titre le demande.
Sur "Rap de droite" vous critiquez les rappeurs qui restent confortablement installés dans leurs places et qui en oublient leurs idées de départ. Vous vous incluez également dans cette critique. Penses-tu que ce soit une réalité ?
Je pense que c'est une réalité de la musique, et que la musique est un reflet de la société. Le rap est également un reflet de ce qui se passe, au même titre que le cinéma ou la télévision. C'est vrai que la violence, l'exhibition de ses richesses, d'armes ou de sexe, n'est pas spécifique au rap. C'est une imagerie qui est également véhiculée par le cinéma. C'est une imagerie néo libérale, c'est-à-dire l'image du gagnant qui méprise un peu les autres, à commencer par les femmes, et qui exhibe son or, ses voitures et ses flingues devant la caméra. Le rap est touché par cela depuis de nombreuses années aux Etats-Unis. Malheureusement, cela touche aussi la France, qui comporte sa part de suiveurs et d'imitateurs. Ca fait partie du rap, il faut le dire, mais réduire et restreindre le rap à cette imagerie, c'est totalement irréaliste. Aussi bien aux Etats-Unis qu'en France, la diversité et la richesse du mouvement hip hop et du rap ne peut pas se réduire à ça. Nous critiquons cette imagerie, car elle véhicule des valeurs de droite, que ce soit la loi du plus fort, la richesse ou les inégalités. Mais, nous reconnaissons volontiers qu'en tant que victimes consentantes de la société de consommation, il se peut très bien qu'à un moment donné, on puisse nous dire que nous aussi nous véhiculons telle ou telle valeur de droite. Nous ne nous excluons pas forcément du lot. Nous essayons juste d'avoir peut-être une vision plus lucide de ce phénomène.
Quelle est la suite de vos projets ? Une tournée ?
Nous venons de finir une petite tournée dans des salles où l'on a repris des anciens titres et joué des nouveaux morceaux de l'album. Nous ferons quelques festivals cet été. La véritable tournée de cet album débutera en novembre.
> www.iam.tm.fr
> En savoir plus sur le Net avec Google
Sandrine Albanesi, le 09/04/2007 pour MusicActu
sandrine.albanesi@musicactu.com
Copyright © 2000-2008 MédiasActu · publicité .gif)
En savoir plus sur MusicActu et contacter la rédaction, cliquez-ici
Design / Développement / Hébergement : Goupe Les Argonautes · MusicActu utilise DELIA, outil de gestion de contenu
Tout pour ton mobile : logos, sonneries, jeux Java, vidéos - Sonneries MP3 et sonneries polyphoniques pour ton mobile
Logos couleurs et logos animés pour ton mobile - Jeux pour mobiles et jeux Java - Vidéos pour ton mobile
referencement · modelisme monster truck · vacances en corse ile rouse balagne
sitemap paroles actualité musicale actualités musicales actu musique electro hip hop chansons variété rock album clip biographie trip hop dj reggae radio concert classement pop festival
N'oubliez pas de citer vos sources ;)
www.MusicActu.com
Copyright © 2000-2008 MédiasActu